Malbrouck est en guerre contre les abeilles

Voilà quelques semaines que, confinée sur mon secteur comme beaucoup d’entre nous, j’ai pu prendre plus de temps pour observer et inventorier en partie les abeilles et les fleurs sur le territoire de Manderen en particulier autour du château où fleurissaient des quantités de fleurs sauvages. J’ai ainsi pu observer sur le lotier corniculé une anthidie spécialiste (qui ne butine que sur le lotier corniculé) ainsi qu’une espèce de mégachile (ci-dessous),

une andrène spécialiste de la campanule (rare),

d’autres abeilles et d’autres bourdons en quantité sur la vipérine (dont la rare osmie de la vipérine), cette fleur « ébleuissante » sur laquelle je prépare un article.

Ce matin, je m’y rends pour prendre quelques clichés complémentaires et ne peut que constater le désastre. Tout a été fauché et, en plus, la fauche a été laissée sur place concourant à l’enrichissement du sol et donc à la disparition inéluctable programmée de ces plantes sauvages affectionnant les sols pauvres (qui ne feront donc plus de graines par ailleurs) qui seront remplacées par de l’herbe, de l’herbe, à tondre encore et encore.

Quelle drôle de gestion qui interroge soit sur l’intérêt porté à la préservation de la biodiversité par ceux qui donnent les instructions (et qui font installer par ailleurs un hôtel à insectes – c’est plus facile et surtout tellement « com »- ) soit sur leurs compétences dans ce domaine ainsi que celles des techniciens chargés de l’entretien concret de ces espaces.

Ceux sont souvent les produits chimiques qui sont pointés du doigt comme cause première de disparition des abeilles. Pourtant, cette destruction radicale en une ou deux journées de l’ensemble de ces fleurs prive d’un seul coup des quantités d’abeilles et d’autres insectes butineurs d’un accès à leurs  ressources alimentaires que sont le nectar et le pollen (ces deux ressources ne se trouvant ni sur le gazon tondu, ni sur le goudron, ni dans les hectares de mono-culture). Pour les abeilles spécialistes et plus rares dont la zone de récolte est réduite à une moyenne de 500 mètres à 1km, c’est l’effet d’une comète qui a créé un immense désert puisqu’elles ne peuvent chercher leur pollen dans d’autres fleurs. Leur déclin avenir à Manderen ne fait plus aucun doute puisqu’elles ne trouveront plus suffisamment de pollen pour élever leur larves.

Alors, ce matin, évidemment, habitante de Manderen et soucieuse de son environnement, je suis en colère. Et je me demande pourquoi a-t-on fauché ces endroits en pleine période de floraison et de butinage intense ?

Est-ce pour des raisons de sécurité ? Mais personne ne roule à 90km/h autour du château.

Descente du château. Sur la butte, plein de lotiers, avant. Pourquoi a-t-on fauché à cet endroit ?

Est-ce pour des raisons de valorisation des parkings du château ? Ils sont si beaux, ce serait dommage de pas les voir ou des rater !!!

Oh le beau parking !

Est-ce pour faire propre pour les touristes du château de Malbrouck ? Car tout le monde le sait, les fleurs sauvages, les abeilles, les papillons, c’est si  sale et si dangeureux ! Les touristes du château de Malbrouck pourront donc continuer à enrichir leur culture et passer du bon temps entre des murs car de toute façon, même pour ceux qui apprécieraient la campagne pour ses beautés florales et animales, il n’y a plus rien à voir à l’extérieur. C’est juste mort.

Comment en 2020 alors que la disparition des espèces est un constat indiscutable et que la préservation du patrimoine naturel fait autant consensus que la préservation du patrimoine historique (tout en sachant qu’il est plus facile de reconstruire un château que de retrouver des espèces perdues), peut-on assister à un tel massacre sur une zone qui semblait protégée ? Un courrier officiel suivra cet article.

Karine Devot – Fondatrice d’Apicool

 

 

 

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