Les enjeux
3/4 des espèces d'abeilles nidifient dans la terre
On installe des ruches pour « sauver les abeilles » mais on oublie que 3 espèces d'abeilles sur 4 sont terricoles. Elles ne font pas de miel, n'ont pas de ruche, pas de colonie, pas de défenseur médiatique.
Notre mission : une approche globale et sincère de la préservation des abeilles dans leur diversité, loin des recettes simplistes.
Un parallèle qui interpelle
La France compte près de 570 espèces d'oiseaux sur son territoire. Pour préserver ce grand patrimoine à deux ailes, la France multiplie les installations de poulaillers partout où c'est possible ! Vous y croyez ? Bien sûr que non.
Comment pourrait-on préserver la diversité en se concentrant sur une seule espèce domestique ?
C'est pourtant exactement ce qui se passe lorsque l'on parle des abeilles. Près de 1 000 espèces présentes sur l'hexagone et que fait-on partout pour « sauver » les abeilles ? Réponse : on installe des ruches d'abeilles domestiques alors que 3/4 des espèces d'abeilles sont solitaires et nidifient dans la terre.
Abeilles domestiques ?
Qu'est-ce qu'une ruche d'abeilles « domestiques » ? Il fut un temps (très loin), les abeilles à miel, sylvicoles (en forêt) et locales (l'abeille locale noire a disparu à 90 %), nichaient dans des troncs d'arbres (pas vraiment carrés, les arbres) entre terre et ciel.
Aujourd'hui, les abeilles « domestiques », sélectionnées, hybridées, traitées, perfusées au sucre, inséminées, nichent dans des boîtes carrées en plein cagnard, parfois en plastique, quelques fois à terre même.
Bien sûr, entre le tronc d'arbre et la ruche en plastique, heureusement il existe toute une gamme de pratiques apicoles plus ou moins « douces » : des amoureux passionnés qui élèvent quelques colonies aux grands producteurs en batterie. On en revient aux poules, décidément !
Mais quelle que soit la méthode apicole choisie, l'abeille mellifère ne représente à elle seule qu'une seule espèce parmi le millier d'espèces qui contribue de manière complémentaire à la diversité de nos assiettes et à notre sécurité alimentaire. Aucune à ce jour (en dehors de quelques bourdons en Île-de-France et dans les Hauts-de-France) ne fait l'objet d'un statut de protection malgré une régression avérée.
Le Dr Denis Michez, Professeur à l'Université de Mons et coordinateur principal de l'évaluation européenne des abeilles sauvages, a déclaré :
Jusqu'à 90 % des plantes à fleurs en Europe dépendent d'une pollinisation animale, en particulier par les abeilles, très diverses dans leur nombre et la variété de leurs espèces. Malheureusement, les populations d'abeilles sauvages sont en déclin drastique et ne peuvent pas être facilement remplacées par des colonies domestiquées, qui représentent moins de 1 % des espèces existantes et sont sélectionnées pour leur capacité à produire du miel ou à polliniser les cultures. Si les abeilles sauvages disparaissent, de nombreuses plantes sauvages pourraient également être en danger, les prairies riches en fleurs et les belles orchidées n'étant que quelques exemples.
Préserver des abeilles et des fleurs sauvages
L'enjeu réel de la préservation des abeilles et de leur diversité n'est pas la production de miel. L'enjeu est notre qualité de vie par le maintien d'un service gratuit de pollinisation et plus largement la préservation du patrimoine vivant.
Il suffit par ailleurs de connaître le prix d'un essaim aujourd'hui à au moins 150 euros et de voir toutes ces nouvelles prestations payantes autour des abeilles pour comprendre que le service de pollinisation coûtera de plus en plus cher au fur et à mesure de la raréfaction et de la domestication-privatisation des espèces.